La présentation des MOOC de la Sorbonne Nouvelle à la conférence de Madrid : “MOOCs: Present and Future. International Perspectives” du 28 au 30 Novembre.
Divina Frau-Meigs de l’Université de la Sorbonne Nouvelle et membre du consortium, et Matthieu Cissel, doctorant spécialisé dans les MOOCs, ont été interviewés cet été par l’UNED-Radio sur la valeur ajoutée des MOOCs dans le paysage de l’apprentissage numérique.
Nous voici en discussion avec Divina Frau-Meigs, Professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle, l’un des partenaires de ce projet européen, et avec Matthieu Cisel, doctorant à l’École Normale Supérieure de Cachan, en France.
QUESTION : Matthieu, à votre avis, quelle est la valeur ajoutée des MOOCs par rapport aux cours traditionnels ?
MATTHIEU : “Tout d’abord, ils sont ouverts et permettent à une grand panel de personnes, avec des centres d’intérêts différents, de participer. Des gens qui peut-être ne peuvent pas étudier car ils ne disposent pas des ressources financières ou du temps nécessaires. Le format du cours ouvert, accessible à tout moment, tel que celui du MOOC leur permet de dépasser ces obstacles et de suivre un cours, n’importe où et à tout moment. Voilà pour moi la valeur ajoutée.”
QUESTION : Et pour vous, Professeur Frau-Meigs, quelle est à votre avis la valeur ajoutée des MOOCs par rapport aux cours traditionnels ?
DIVINA : “Et bien, pour compléter la réponse de Matthieu, je pense que les implications des réseaux sociaux dans le fonctionnement d’un MOOC renforcent la valeur de l’apprentissage en ligne ou à distance. C’est un facteur novateur du MOOC qui permet aux enseignants de contrôler les sujets et d’utiliser des ressources différentes de celles généralement employées dans la sphère de l’apprentissage traditionnel, en y ajoutant une dimension de partage. Et comme je le dis souvent : “un MOOC sans réseaux sociaux est comme un oiseau sans ailes”.
QUESTION : Ce qu’il faut bien noter c’est que la proposition d’ECO est totalement nouvelle : on a ici des réseaux qui rejoignent un cours en ligne ouvert, massif et gratuit. Comment voyez-vous la situation des MOOCs, en France en particulier, et en Europe en général ?
MATTHIEU : “Il y a déjà plusieurs pays d’Europe qui créent leurs propres MOOCs, mais en France il en existe encore moins de 100 à l’heure actuelle. Il y a par exemple un nombre beaucoup plus important de MOOCs disponibles en Espagne. Je crois que la raison est principalement culturelle. Il nous faut encore en apprendre d’avantage quant à l’enseignement à distance et la culture qui en découle : cela va donc nous prendre un certain temps pour apprendre la pédagogie, comment réaliser des vidéos et tout le reste.”
QUESTION : L’UNED conduit le projet européen ECO, un projet qui se concentre sur l’analyse et la conception des MOOCs. Il y a 24 partenaires venant de différents pays, universités, entreprises et autres institutions, certains d’entre eux sont expérimentés dans l’enseignement à distance, et d’autres vont avoir leur premier contact avec ce type de cours. Les universités optent de plus en plus pour l’enseignement à distance et, en particulier, la conception de MOOCs.
Divina, comment voyez-vous la situation des MOOCs en France en particulier, et en Europe en général ?
DIVINA : “Il est vrai que d’un point de vue international les MOOCs sont à un stade précoce en France. Certains collègues appellent cela “l’effet de diligence”. Nous vivons à une époque où nous devons promouvoir la transition des cours traditionnels vers les cours modernes. Il n’y a pas encore un modèle de MOOC français. Et je pense que chaque pays va créer son propre modèle, ce qui est un signe de diversité culturelle. Je crois que c’est une bonne chose. Mais le modèle de transmission est encore profondément enraciné en France car c’est un pays très centralisé. Pour le moment, le modèle du MOOC français considère cette nouvelle initiative de MOOC comme une phase d’apprentissage, avec un effet de vague profondément retentissant dans la communauté universitaire.”
QUESTION : D’autres pays d’Europe partagent-ils ce point de vue ? Ou bien pouvons-nous identifier des points de vue différents sur l’utilisation des MOOCs? C’est une initiative nouvelle, mais de nombreux pays s’orientent vers ce type d’enseignement.
DIVINA : “Je vois cela comme une opportunité pour tous les pays de faire avancer leurs universités vers les possibilités du 21ème siècle, vous ne croyez pas ? De plus, je pense que la manière dont l’Union européenne saisit ces possibilités est aussi diverse que l’est son patrimoine culturel et linguistique commun. En outre, je crois que les petits pays seront en mesure d’adopter le MOOC, son enseignement et son apprentissage plus facilement que les grands pays, comme la France, qui sont plus lents dans leur réponse aux changements nécessaires. Mais il y a un réel intérêt et peu à peu les autorités décisionnelles assimilent le thème de l’apprentissage numérique et à distance.”
QUESTION : Matthieu, quel type de résistance contre les MOOCs avez-vous rencontré ?
MATTHIEU : “Tout d’abord, beaucoup d’enseignants craignent de perdre leur emploi avec ce nouveau modèle. Je ne crois pas que cela les affectera, mais la peur et donc la résistance sont palpables. Il faut dire que cela oblige l’enseignant à faire des ajustements drastiques. Pour réaliser des MOOCs vous devez être flexible, rapide et très efficace. C’est une culture très différente, cela nécessite de travailler en groupe, tout ceci est très nouveau… La plus grande résistance concerne le fait que les MOOCs exigent une nouvelle façon de travailler, une nouvelle organisation…c’est selon moi la plus grande résistance.”
QUESTION : Et pour vous, Divina Frau-Meigs…
DIVINA : “Ce que je voudrais ajouter à ce que Matthieu vient d’indiquer, c’est le facteur de la propriété intellectuelle. Le fait que, pour les enseignants qui créent des MOOCs, ils n’aient aucune certitude sur ce qui va arriver au matériel qu’ils ont créé. Ils pensent que d’autres vont s’emparer de leurs savoirs et compétences. Il y a de ce fait une forte résistance à l’égard de cela en France, pays qui a été le fleuron de la propriété intellectuelle. Avec les MOOCs, nous avançons l’idée d’une exception à la propriété intellectuelle dans le domaine éducation, avec un droit au remodelage et une utilisation des licences Creative Commons, car il existe bien des solutions. Mais la France ne croit pas vraiment en ces solutions et il y a une résistance au sein même des Ministères (ceux de la Culture, de l’Éducation aux Médias et de l’Éducation) en général. Donc, en quelque sorte, nous savons comment créer des MOOCs mais répandre le modèle et l’adopter est une toute autre question que nous devons aborder séparément.”
QUESTION : Et quel est l’avenir des MOOCs, selon vous, Matthieu ?
MATTHIEU : “Je ne suis pas encore sûr. J’espère que nous allons créer un système ECO viable en France. L’obstacle ici est que nous manquons pour l’instant d’un modèle économique réalisable et stable quant aux modules MOOCs afin de leur offrir une certaine longévité.”
QUESTION : En fait, ce sujet-ci est soulevé par le consortium d’apprentissage ECO. Intégrer les MOOCs dans un contexte économique futur stable est l’un des objectifs du projet ECO, sinon, l’un des engagements les plus forts pour lequel la Commission européenne demande à l’ensemble des membres du projet de fournir une réponse définitive.
Divina, quel est l’avenir des MOOCs à votre avis?
DIVINA : “Je pense que les MOOCs eux-mêmes vont évoluer et seront davantage intégrés dans l’éducation. À mon avis, il y a un avenir clair pour les MOOCs dans l’apprentissage tout au long de la vie.”
“Cela va être difficile, du point de vue de l’enseignement primaire, mais peut-être que nous finirons par y arriver. Voici ce que je dis aux enseignants qui ont peur : “Cela va enlever un poids de vos esprits, c’est la prochaine étape. Vos possibilités d’enseignement, de partage et de construction du savoir vont s’élargir et vous n’avez rien à craindre.” Mais c’est un changement très important dans les esprits et ce sera difficile compte tenu du fait que les enseignants appartenant à la génération des enseignants traditionnels sont nombreux. Cela sera plus facile pour la génération d’enseignants suivante qui sont, eux, plus habitués au monde numérique. Les compétences numériques sont nouvelles et certains enseignants doivent encore les acquérir.”
“Jusqu’ici la réponse des enseignants est toutefois prometteuse. Après l’envoi d’un appel à propositions pour la création de MOOCs, nous avons reçu plus de 50 propositions. Je pense que certains enseignants profiteront de cette opportunité, et que d’autres emprunteront cette voie lorsqu’ils y verront une perspective d’avenir plus claire.”
Les deux MOOCs français du projet ECO :
- Do It Yourself Education aux médias et à l’information
- Ma pédagogie à la sauce web 2.0
Sont présentés dans les vidéos suivantes :
Vous pouvez vous inscrire sur :
www.hub5.eco-learning.eu
“La vague d’engouement pour les MOOCs aux Etats-Unis notamment, mais également dans de nombreux pays du globe, est un phénomène d’actualité qui dépasse largement le strict faisceau du savoir et de sa transmission. De fait, si les MOOCs représentent une césure culturelle capable de mettre en scène une approche des savoirs renouvelée, audacieuse et modernisée car dématérialisée, ces nouvelles formes de transmission des savoirs recomposent le paysage réel et mental de l’accès même au savoir.
Plusieurs enjeux sont à l’œuvre avec un Mooc :
- le statut de l’apprenant qui devient source, producteur, créateur, co-producteur potentiel de contenus seul ou en mini-communautés agissantes (selon le goût,l’intérêt, la recherche, la motivation, le besoin, les attentes…)
- le statut de l’émetteur du savoir qui n’est plus seul mais appartient à une collégialité faite d’experts de contenus,de soutiens techniques et logistiques, de régulateurs de flux et d’action, de veilleurs, d’accompagnateurs, de tuteurs pédagogiques, de juristes etc…
- le statut du contenu des cours : mais s’agit-il encore strictement d’un cours ? Assurément il s’agit davantage d’un espace repéré, identifié, connu et donc reconnu par une communauté (les inscrits, les passants, les curieux, les experts, les découvreurs, les professeurs, les formateurs, les citoyens, les étudiants, les jeunes, les plus âgés, les filles et les garçons….les utilisateurs ou les usagers…). Émetteurs et récepteurs se côtoient, échangent – ou pas- à leur guise, parcourent les semaines du MOOC (ou pas!). L’ère du “faire ensemble” semble à portée de main pour beaucoup. L’artisanat semble à l’œuvre dans ce modèle qui pourtant rappelle fortement l’industrie pour donner forme à un espace-temps hybride dans lequel le maître mot est FLUX. Des flux d’informations, des flux de données aussi, des flux de savoirs constitués ou pré-constitués, des dépôts d’unité de connaissance, des commentaires ou ajustements aussi, des échanges, des questions, des peurs et des découragements, des doutes et des enthousiasmes. Bref, une matière vivante malaxée, “blendée “peut-être même, compose la nourriture spirituelle proposée dans un MOOC.
- le format et la nature du format changent toutes les perceptions, les habitudes, les gestes de toutes et de tous dans l’accès au savoir et au travail, car apprendre est un travail. Le MOOC est un prolongement naturel de la mondialisation, une forme qui autorise toutes les connexions, de nombreux échanges à toutes les échelles, une réalité d’apprentissage qui -passées les approches purement techniques-, produit un espace-temps extensible, permet des contacts synchrones et asynchrones, des rythmes de travail de production, de lecture et de vérification de connaissances démultipliés, singuliers aussi.
- Le MOOC c’est le cours augmenté, certes selon le bon vouloir humain, comme toujours, mais dans une approche “réseau”, ou “communauté”, dont la richesse, la pertinence, la densité et l’organisation dépendent de tous les acteurs mobilisés. Le changement est de taille : l’énergie est multipolaire alors que traditionnellement le cours est/ était avant tout bi-polaire (l’enseignants / les apprenants). Avec le MOOC, le savoir qui suivait le chemin du “joueur de flûte” (modèle énergivore, culte du chef, déficit d’autonomie, pas de plan B en cas d’accident du joueur de flûte etc…) prend une mutli-piste qui s’apparente plutôt à un “manège” de la connaissance (atténuation ou disparition du modèle d’apprentissage descendant ou vertical, autonomisation et prise de responsabilité, échanges et/ou production, dynamisation par la collégialité…). Ou quand la flûte enchantée devient le manège enchanté…
- Pour finir, le MOOC, est une forme vivace de l’incarnation du mouvement post-structuraliste. Autrement dit, une modalité dans laquelle la déconstruction (ici celle du cours traditionnel et des représentations du savoir qui s’y rattachent) est activée dans un souci de recomposition formelle et concrète du savoir, tissant les liens professeurs/élèves ou professeurs/apprenants autrement, engendrant de nouvelles architectures d’apprentissage. En un mot, le MOOC est une forme visible et tangible d’un changement décisif : il fait entrer le savoir dans le monde d’après. Mais quel est-il ? Les tâtonnements se poursuivront, avec pour seule certitude que ce monde d’après ne sera que ce que nous en ferons et cela nous oblige, voilà notre chance.”
Carole Helpiquet
Los principales proyectos europeos que trabajan sobre los cursos masivos en abierto (MOOC) se han reunido el pasado 9 de septiembre 2014 con el fin de estudiar posibilidades de colaboración. La estrategia llevará el nombre de Working Committee to explore opportunities for collaboration amongst European MOOC related projects (Comité de trabajo para explorer las oportunidades de colaboración entre los proyectos eutpeos relacionado con los MOOCs). Los proyectos implicado son:
- ECO project (E-learning Communication Open-Data): plataforma combinada de MOOCs con un enfoque en recursos en abierto accesibles.
- EMMA (European Multiple MOOC Aggregator): acceso multilingüe a MOOCs europeos a través de un nuevo agregador MOOC.
- HOME project (Higher education Online: MOOCs the European way): desarrollar y fortalecer una red abierta para la cooperación europea en materia de educación abierta, en general, y MOOCs, en particular.
- MOOCKnowledge project: desarrollo de la base del conocimiento para los MOOCs europeos.
- OpenUpEd (Open Up Education): iniciativa paneuropea sobre MOOCs.
- Sequent: garantía de calidad y etiquetado para el e-learning y MOOCs.
Durante la reunión, se intercambiaron informaciones sobre los proyectos y se describieron las estrategias puestas en marcha en cada uno de ellos. Cada representante planteó las necesidades de su proyecto y ofreció las oportunidades de colaboración que, desde su equipo, podrían reforzar los trabajos de los demás proyectos. Todos los participantes expresaron su satisfacción y agradecieron la oportunidad de poder aportar y enriquecerse de las sinergias entre los proyectos. Esta posibilidad se ve reforzada por el hecho de que algunos proyectos comparten socios, lo que facilitará los intercambios.
El proyecto HOME ofreció la oportunidad de seguir trabajando en una próxima reunión que se celebrará en Oporto (Portugal) el 27 de noviembre de 2014.
El comité está abierto a nuevos miembros y propuestas y puede contactarse vía info@europeanmooc.eu